Qui ne connaît pas, à Charleroi, la façade mythique de Polomé, bijouterie familiale installée depuis 70 ans ? Les passants de la rue de Montigny ne soupçonnent pas toujours ce qui se joue à l’étage, là où six personnes travaillent pour créer les bagues vendues au rez-de chaussée, à Waterloo et à Knokke.
Made in Charleroi
Rares sont les bijouteries qui fabriquent encore ce qu'elles vendent. Chez Polomé, le bijou ne vient pas d'un catalogue ni d'un fournisseur lointain. Il naît d'une conversation en galerie, d'un croquis, puis de la main d'un artisan.
La maison repose aujourd'hui sur trois associés qui se sont réparti les rôles, chacun prenant en charge un pan complet de l'entreprise plutôt qu'une fonction transversale. Au moment de l'association, Sambrinvest a d'ailleurs soutenu la création de cette structure.
Baptiste Polomé, petit-fils des créateurs de la bijouterie, a repris la boutique en 2018. Rattaché à la galerie de Charleroi, il continue de recevoir les clients qui viennent parfois depuis deux générations.
Augustin Grenier s'occupe de tout le développement, ce qui recouvre aussi bien l'ouverture et la vie des boutiques de Waterloo et de Knokke que l'organisation des événements de la maison.
Charles Cowez, enfin, dirige l'atelier installé au-dessus de la boutique carolo, où il coordonne la fabrication de chaque bijou tel qu'il a été dessiné en galerie de vente, que ce dessin soit né à Knokke, à Waterloo ou à Charleroi.
Cette répartition suit en réalité le parcours du bijou lui-même, qui se pense en bas avec l'équipe commerciale, puis monte d'un étage pour prendre forme entre les mains des artisans.

Ar(t)chitecture
Ouvrir à Waterloo et à Knokke, c'était sortir de Charleroi mais pas sans "une réputation solide, avec un savoir-faire qui est connu et qui est reconnu", et parce qu'ils sont carolos tous les trois, Polomé demeure invariable.
"L'histoire de Polomé est à Charleroi. Une partie du futur sera également à Charleroi", Charles Cowez
C'est peut-être là l'équilibre le plus intéressant de la bijouterie : après 70 ans d'existence, Polomé honore autant son héritage que sa modernité. Garder le nom, c'est assumer sept décennies de réputation et refuser de faire comme si l'histoire commençait avec les nouveaux associés.
Mais ne rien renier n'a jamais signifié ne rien changer, et la maison se réinvente aujourd'hui en développant ses propres collections, dessinées en interne et directement inspirées de l'art et de l'architecture, deux univers qui donnent aux pièces des lignes et des volumes reconnaissables.
L'atelier, lui, n'a pas bougé, et tout ce qui se vend à Knokke ou à Waterloo continue d'être fabriqué rue de Montigny, sans exception. La marque s'étend, la fabrication reste au Pays Noir.
L'art du lien
Baseline de la marque, "L'art du lien" résume ce métier qui reste avant tout humain.
Un bijou accompagne presque toujours une bonne nouvelle : un mariage, un baptême, une naissance, un anniversaire important, ou le souvenir de quelqu'un qu'on veut garder proche autrement qu'en photo.
Chaque pièce qui sort de l'atelier porte en elle une histoire précise, avec des prénoms et des dates, et c'est cette accumulation de récits qui constitue le véritable patrimoine de la maison, bien plus qu’un stock.
Ici, on refuse le terme d’achat impulsif, on crée quelque chose de réfléchi, transmis de génération en génération et porté longtemps après celles et ceux qui l'ont choisi.
La souplesse comme méthode
C'est dans le sur-mesure que cette philosophie devient la plus concrète, et c'est probablement ce qui distingue le plus Polomé des bijouteries classiques : avec la plus grande souplesse, la maison peut partir d'un bijou existant plutôt que d'une page blanche.
Une bague héritée d'une grand-mère, magnifique dans le souvenir mais devenue impossible à porter au quotidien, n'est pas condamnée à dormir dans un tiroir. L'atelier la redessine avec le client, conserve les pierres et parfois la base du bijou, et refait tout le reste pour aboutir à une pièce que la personne portera vraiment. L'objet change de forme, il ne change pas de sens.
Un travail de fourmi
Ce que cette approche exige, on ne le voit pas depuis la rue. Au-dessus de la boutique, six personnes travaillent dans une précision d'orfèvre au sens le plus littéral, où chaque geste se joue au dixième de millimètre et où la reprise d'un bijou ancien impose de composer avec des pierres, des montures et des alliages qu'on n'a pas toujours choisis.
C'est un travail de fourmi, patient, silencieux, invisible pour le client tant qu'il reste en bas. Raison pour laquelle Polomé propose une visite de l'atelier aux clients qui le souhaitent, parce que voir les mains des artisans à l'oeuvre vaut mieux que n'importe quelle promesse écrite sur l'origine d'une fabrication.
L'équipe complète compte aujourd'hui 25 personnes, avec une équipe locale à Knokke et des équipes essentiellement carolos à Charleroi et à Waterloo, un choix assumé pour que tout le monde se connaisse et que l'identité de la marque, selon les mots de Charles, "puisse perdurer dans le temps".