14 Septembre 2021 / News

CEO Interview : Louis-Philippe Broze, co-fondateur de Spentys

Spentys

Spentys, c'est une plateforme de numérisation, de modélisation et d'impression 3D complète, efficace et validée cliniquement, qui permet aux prestataires de soins de santé de produire plus rapidement et à moindre coût des orthèses de haute qualité et sur-mesure. Moins d'un an après le début de sa commercialisation, cette solution est d'ores et déjà présente dans 16 pays et reconnue comme une des 5 meilleures au niveau mondial et la start-up ne compte pas s'arrêter en si bon chemin. Rencontre avec Louis-Philippe Broze, co-fondateur de Spentys.

Qu’est-ce que Spentys et comment est né le projet ?

Florian De Boeck et moi-même sommes amis depuis l'enfance. Respectivement ingénieur biomedical et ingénieur de gestion, nous sommes tous les deux passionnés par les technologies 3D et nous avons réalisé durant nos études que nous voulions lancer une entreprise avec une vision et un impact sociétal forts. Nous avons donc analysé les secteurs dans lesquels la technologie 3D pourrait avoir le plus grand impact sociétal... C’est comme ça que nous avons lancé Spentys en 2017, alors que nous n'avions que 22-23 ans.

Spentys est donc un outil de modélisation et d'impression 3D d'orthèses*. Celles-ci sont le plus souvent utilisées pour traiter des pathologies chroniques comme l'arthrose ou la scoliose ou des malformations osseuses comme le pied bot. Spentys n'est pas une aide au diagnostic, mais un outil digital qui permet d'améliorer tout le processus de production d'orthèses, un pont entre l’expertise médicale et la plus-value de la 3D. En gros, nous facilitons le travail des orthésistes, qui doivent répondre à une demande toujours plus importante du marché en terme de productivité et de personnalisation.

*dispositif médical qui permet de suppléer, compenser, soutenir ou protéger une partie du corps.

Spentys

En quoi réinventez-vous l’orthopédie ?

Comme le monde fait face à un vieillissement de la population, il faut bien s'imaginer qu'il y a de plus en plus des maladies chroniques, qui demandent une immobilisation orthopédique. Il y a donc une pression accrue sur les orthésistes et sur les systèmes de soins de santé, où l'on doit faire toujours plus avec toujours moins. C'est là où la digitalisation des processus de production prend tout son sens, y compris dans le domaine de l'orthopédie. Grâce à l'impression 3D et à un logiciel comme Spentys, les orthésistes peuvent augmenter le volume de production tout en améliorant la précision du processus et en offrant plus de confort à la patientèle, plus rapidement.

Je dirais que nous offrons trois avantages indéniables. Le premier, c'est donc l'avantage pour la patientèle ; notre logiciel d'impression 3D permet une hyper-personnalisation des orthèses, ce qui offre pour plus de confort à la fois en terme de conception (différentes épaisseurs, zones de pression) et d'esthétique (couleur, nom, etc.). Le second, c'est l'avantage pour les pays en émergence, où les orthèses sont souvent importées et réservées à l'élite ; Spentys permet de produire localement à moindre coût en digitalisant la production, ce qui offre meilleure accessibilité aux soins dans ces pays. Un dernier aspect intéressant selon moi est la circularité de notre processus de production. Pour produire les orthèses en 3D, nous utilisons en effet des polymères recyclable, qui peuvent être réutilisés dans le même secteur ou dans d'autres secteurs.

Quels sont les éléments clés de l’évolution de Spentys depuis sa création ?

Au début, Spentys proposait essentiellement des services de modélisation et d’impression 3D. L’objectif était de bien comprendre les besoins du marché pour pouvoir passer du service au produit, en développant un logiciel performant qui réponde aux besoins du secteur. Fin 2020, nous avons lancé la commercialisation de notre solution et digitalisé notre processus de vente (suite au Covid-19). On a aujourd'hui un taux de pénétration moins importants sur certains marchés, mais une couverture mondiale très large. Nous sommes présents dans des pays dans lesquels on aurait jamais eu l’ambition d’être avant 2024. Nous avons établi des têtes de pont dans plus de 16 pays (Grèce, Italie, Espagne, France, Benelux, Senegal, RDC, Israel, Abu Dabi...) et avons tout récemment lancé des cas pilotes en Inde et à NYC, avec les orthésistes sur place.

Entre janvier et juin 2021, nous avons déjà doublé notre MRR et nous prévoyons de le tripler d’ici la fin de l’année.

Actuellement, nous sommes 20 employés et nous recrutons encore différents profils techniques 3D et commerciaux et sommes constamment à la recherche de stagiaires également pour prêter main forte à nos équipes. Toutes nos offres sont accessibles en ligne sur notre site: https://spentys.recruitee.com

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Comment se passe la relation avec vos investisseurs ?

Il y a différents niveaux d’implications selon les investisseurs. Nous collaborons actuellement avec Finance.Brussels, Innovation Fund, Sambrinvest et divers business angels belges et suisses. Au niveau de Sambrinvest par exemple, le gros avantage selon moi se trouve dans la personne d’Helena Pozios, investment manager en charge de notre dossier, qui nous apporte beaucoup grâce à participation active et proactive au board, sa disponibilité, son expertise medtech et son feedback à chaque étape du développement de Spentys.

Actuellement par exemple, nous sommes en processus de levée de fonds, et Helena challenge notre BP et la vision et nous apporte une expertise stratégique et un réseau qui sont précieux lorsqu’on est jeunes et qu’on lance une boîte comme Spentys.

Quelles ambitions pour la suite ?

Comme je le disais, nous prévoyons une levée de fonds au Q1 2022. Plus de 50% de cette levée seront consacrés à des efforts de commercialisation plus agressifs, afin de maintenir la position de Spentys parmi les meilleurs logiciels de digitalisation de la production d’orthèse et même l’amener au statut de n°1 mondial dans son domaine. Actuellement, nous sommes reconnus par le marché et par nos pairs comme l'un des 5 meilleurs logiciels dans le monde.

Nous concentrerons d'abord nos efforts sur le marché américain, qui offre d’énormes possibilités et une fragmentation de marché beaucoup moins importante qu’en Europe. C’est un passage incontournable pour nous permettre d’atteindre nos ambitions. Nous avons d'ores et déjà établi des contacts en Asie également et prévoyons de pouvoir conclure nos premiers clients sur la zone asiatique d'ici fin de l’année prochaine.

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Selon vous, quels sont les aspects les plus difficiles du parcours entrepreneurial ?

Pour notre industrie, je dirais que nous avons sous-estimé deux aspects. Premièrement, l’aspect vente. Nous avons largement sous-estimé le temps que cela prendrait. Il ne faut pas hésiter à prendre ça très early stage et ne pas sous-estimer les efforts commerciaux, surtout quand on arrive avec une innovation technologique sur un marché très traditionnel et hermétique au changement. Je pense qu'un autre aspect largement sous-estimé lorsqu'on lance sa boite est le volet ressources humaines, souvent très time-consuming et complexe à gérer. Il faut être très vigilant à l’équilibre professionnel et privé de nos employés et à créer une vraie dynamique d’équipe, à les fédérer autour du projet. C’est ce qui permet, en tant que startup, d’avoir une bonne rétention des équipes et de véritables ambassadeurs de l’entreprise.

Que pensez-vous de l’écosystème biotech en Belgique ?

Au niveau financier, nous avons été soutenus par la Région Bruxelloise grâce à Innoviris, l’équivalent de la DGO6 pour les projets d’innovation, et par des universités bruxelloises, ce qui nous a beaucoup aidé à nos débuts. Par contre, au niveau fédéral belge, il y a un vrai manque d’uniformité et d’initiatives communes entre les régions sur le plan économique.

Aujourd’hui, on est dans un écosystème entrepreneurial qui permet l’accompagnement d’un projet early-stage, mais c’est plus compliqué lorsqu’on a besoin d’accélérer sa croissance. Si on veut éviter que les entrepreneurs belges partent chercher du soutien à la croissance à l’étranger, il y a un vrai travail d’uniformisation à faire du côté des régions pour permettre à la Belgique d’avoir un impact sociétal et économique plus fort au niveau européen. C’est très bien par exemple, dans notre cas, de voir Sambrinvest qui investit aux côtés de Finance.Brussels, mais il faut continuer de pousser en ce sens et s’aligner sur une politique commune de croissance.

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