25 Novembre 2021 / News

CEO interview: Quentin Felice de Datavillage

DataVillage

Datavillage est une start-up deep tech belge fondée par Frédéric Lebeau (à gauche sur la photo) et Quentin Felice (à droite sur la photo), qui s'est donnée pour mission de remettre le contrôle des données personnelles dans les mains des citoyens. L'idée est de permettre de créer et gérer au quotidien son profil numérique et les données que l'on accepte de partager avec les entreprises soucieuses d'améliorer leurs services. Après deux ans de R&D et un premier use case média probant avec la RTBF et la VRT, ils préparent aujourd'hui une nouvelle levée de fonds pour s'attaquer au secteur de la finance et de la santé. Rencontre avec Quentin Felice, co-fondateur de Datavillage.

Qu’est-ce que Datavillage et comment est né le projet?

Le projet est parti d'un simple constat : Fred et moi étions à la tête du développement de l'innovation technologique d’une grande banque et nous passions plus de temps à se battre avec les départements juridiques de la banque pour accéder aux données personnelles, dont nous avions pourtant besoin pour pouvoir créer de l’innovation. L'architecture en silo des données des entreprises rend la circulation des données difficile, les utilisateurs sont de plus en plus réticent à partager leurs données et l'environnement réglementaire est de plus en plus restrictif. En fait, le problème aujourd'hui est que ce sont surtout les GAFAs qui détiennent nos données et les utilisent à des fins publicitaires.

Datavillage veut remettre les données dans les mains des individus en leur permettant de créer leur profil numérique et de contrôler les données personnelles qu'ils génèrent au quotidien en utilisant des services numériques. En faisant cela, on prend le problème dans l’autre sens : on permet aux entreprises de pouvoir venir consulter les données autorisées par les consommateurs, sans jamais les leurs fournir, ce qui est un point essentiel évidemment pour contrer le problème et les coûts engendrés pour les entreprises de devoir gérer ces données dans leurs propres systèmes. Les données restent entre les mains des utilisateurs, qui choisissent ce qu'ils rendent consultable. De façon anonymisée, bien entendu.

Comment cela fonctionne concrètement?

Le consommateur crée son profil digital, qu'il peut ensuite connecter aux comptes et entreprises qu'il souhaite. Par exemple, si vous connectez votre profil digital à Spotify, Facebook ou Netflix et ensuite aussi à RTBF Auvio, Auvio pourra vous fournir du contenu personnalisé sur base de ce que vous écoutez, aimez ou regardez sur les autres plateformes. Mais ils n'auront jamais accès à vos données au sein de leur système à eux. Tout reste chez vous et fonctionne via un algorithme, qui vient s'enrichir de vos comportements d'utilisateur mais jamais des données personnelles que vous avez décidé de ne pas rendre publiques. C'est vraiment la clé de la proposition de Datavillage: nous permettons l'application pratique du droit au contrôle des données, comme le RGPD le permet. On remet la gestion de données chez le consommateur et on se charge de la charge légale.

Vous avez démarré par un long travail de recherche et développement : comment cela s’est passé?

Le domaine de la gestion des données est extrêmement sensible et réglementé, cela demande donc beaucoup de travail de recherche technique et juridique pour parvenir à pénétrer le marché avec une nouvelle solution. Au niveau de Datavillage, je dirais que nous avons passé 3 grandes étapes :

1) La première était de parvenir à conceptualiser techniquement la réalisation d'un profil digital, les différents blocs techniques qui le supportent et qui sont nécessaires à la gestion de bout en bout de la donnée qui est récupérée, stockée et traitée du côté de l’utilisateur. Pour y arriver, nous avons travaillé étroitement avec des centres de recherche comme le CETIC et l'IMEC.

2) Ensuite, il a fallu établir un cadre juridique adjacent à cette solution technique: s’assurer que la gouvernance de la donnée est respectée, à la fois du côté de l’utilisateur et de l'entreprise cliente. Lexing nous a beaucoup aidé sur ce point.

3) Et enfin, il a fallu un premier use case, une proof of concept, que nous avons réalisée avec la RTBF et la VRT au travers du projet STADIEM soutenu par la commission européenne. L'objectif était de permettre la recommandation de contenu personnalisé sur ces plateformes médias sur base d'un profil digital contrôlé à 100% par le consommateur.

L'idée est uniquement de permettre des services personnalisés?

Bien sûr que non, mais il faut savoir phaser les différentes étapes. Dans un premier temps, l'idée est effectivement de se concentrer sur les services à valeur ajoutée pour le consommateur, ce que nous venons déjà de réaliser dans le domaine du média. Ensuite, nous aimerions élargir le spectre des cas d'usage à d'autres domaines, comme le domaine de la santé ou de la finance. Et lorsque nous aurons une masse critique d’utilisateurs, nous pourrons alors créer une véritable "intelligence marché" qui serait directement sourcée par les consommateurs et qui permettrait de favoriser l’innovation tout en laissant le consommateur maître de ses données personnelles. C'est un modèle économique de la donnée plus durable, dans lequel le consommateur pourrait même être rémunéré pour le partage de ses données. C'est l'idéal vers lequel on tend en tout cas.

Vous prévoyez une nouvelle levée de fonds pour y arriver?

En tant que startup deep tech, nous avons besoin d'une structuration financière et stratégique robuste pour déterminer quel marché attaquer en fonction de sa maturité et comment grandir dans un marché qui va seulement arriver. Nous avons réalisé une levée pre-seed en janvier dernier, qui nous a permis de mener à bien le projet pilote avec la RTBF et la VRT. Le projet a été soutenu très tôt par Digital Attraxion avant que Sambrinvest ne convertisse, rejointe par IMEC Istart, le Business Angel Mathieu Demaré que nous avons rencontré chez Digital Station ainsi que les 130 investisseurs qui nous ont rejoint via la plateforme de financement participatif Spreds. Le financement Spreds a d'ailleurs été bouclé en 3 semaines plutôt que 3 mois, ce qui prouve que c'est un sujet qui intéresse et préoccupe beaucoup de monde.

Ce qui est bien dans la relation avec nos investisseurs actuels, c'est que nous travaillons tous ensemble pour structurer le développement de la boite de la manière la plus intelligente possible. C'est un réel soutien stratégique en plus d'être un soutien financier.

Aujourd'hui, nous nous apprêtons à lancer un nouveau tour de table pour agrandir l’équipe technique et attaquer les industries de la finance et de la santé en plus du média. Nous avons besoin de nous entourer d'experts de ces industries là pour pousser la maturité du produit encore plus loin. Le but aujourd'hui est vraiment de diversifier les profils d'investisseurs, tant au niveau géographique que du secteur d'activité. Nous privilégions aussi ceux qui sont actifs dans le domaine de la deep tech, puisque c'est notre coeur de métier.

Quelles ambitions pour la suite ?

Il est évident que nous voulons devenir la plateforme de référence pour une gestion des données centrée sur l’utilisateur. D'abord en Europe, où nous devons encore nous diversifier pour répondre aux besoins des différentes industries et prendre une position dominante sur ce marché qui n'en est qu'à ses balbutiements. Ensuite, si tout va bien, nous irons outre-mer, sans doute d'abord du côté de la Californie et du Brésil, qui sont des marchés qui possèdent une règlementation semblable au RGPD chez nous.

Selon vous, quels sont les aspects les plus difficiles du parcours entrepreneurial ?

Je dirai qu'il y a deux éléments qui ne sont peut-être pas nécessairement les plus difficiles pour tous mais qui sont sans aucun doute essentiels. D'une part, il faut pouvoir garder une foi à toute épreuve, toujours croire en son projet et en son équipe, même dans les moments difficiles. Être bien entouré est essentiel pour cela. D'autre part, il faut aussi être capable d'établir une relation de confiance avec son équipe et tous les stakeholders du projet, que tout le monde avance ensemble dans une même direction.

Est-ce que l’écosystème digital wallon vous aide à avancer dans la bonne direction ?

Oui. Je pense que l'écosystème digital wallon est particulièrement solidaire et surtout qu'il comprend de quoi sera fait le monde de demain. Il arrive à se projeter dans l’avenir et à mettre en place les fondations de ce que sera le monde de demain à l'heure où tout s’accélère. Pour permettre à la Wallonie d'exister sur la carte mondiale en terme d'innovation technologique, il faut comprendre la vitesse des cycles d’innovation et de développement actuels, avoir l’agilité de réaction et d'adaptation nécessaire pour aider à créer, à partir de la Wallonie, les futurs champions de demain, que ce soit dans le domaine des biotechologies, de l'industrie 4.0 ou de la deep tech comme nous. Et d'après ce que je vois, ce mouvement est en marche en Wallonie.

Article précédent

Vous désirez un financement?

Quel que soit votre type de besoin, nous pouvons vous aider à construire votre montage financier.

Contactez-nous